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Roland Barthes, Le Grain de la voix (1981), cité par Pistone (2008: 93).
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L’opération traduisante devient particulièrement périlleuse lorsque l’orateur se limite à une lecture de son discours ou énoncé et qu’il ne s’agit plus de la production d’un discours spontané. L’interprète doit alors retrouver l’oralité propie au discours traduit Notons également la difficulté à gérer des segments ou termes dont le marquage mnésique est très bref et qui ne font pas intervenir la «mémoire du sens»
(Seleskovitch 1973: 17).
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«C'est la dimension du spectacle qui veut que la voix de l'interprète soit over, audible et prédominante sur les autres voix [...]. Ce rôle de premier plan revient à l'interprète grâce aux nécessités de la mise en scène médiatique axée sur le public qui exige une écoute collective. Autrement dit, les besoins de transmission/communication de la masse (les téléspectateurs) marquent le triomphe de l'individu (l'interprète)»
(Falbo 2007, en ligne).
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C'est la Convention européenne des droits de l'homme qui reconnaît le droit de chacun de s'exprimer et de recevoir des réponses dans sa langue. Par ailleurs, la directive 2010/64/UE du Parlement européen et du Conseil, en date du 8 octobre 2010, stipule le droit à l'interprétation et à la traduction dans le cadre de procédures pénales. Voir à ce sujet Pointurier (2016b), qui analyse les nombreuses contraintes de nature technique, sociologique, psychologique et éthique auxquelles doivent faire lace les interprètes de service public, surtout les ILS, ou interprètes en langue des signes.
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A ce sujet, nous renvoyons les lecteurs à l'intéressante synthèse de Sophie Pointurier sur l'apport des recherches sociolinguistiques appliquées à l'interprétation en langue des signes où elle mentionne, à juste titre, l'appréhension complexe de concepts comme «neutralité»
, «transparence»
en soulignant que le paradoxe de la neutralité réside dans le fait que c'est en étant conscient de son impact potentiel sur le discours, et en assumant pleinement son rôle dans l'interaction, que l'interprète sera en mesure de minimiser son influence sur le discours, et non l'inverse (Pointurier 2014: 75).
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Cette situation d'un corps animé de l'orateur ou énonciateur et les procédés symboliques dont il use pour capter et garder l'attention de son auditoire ne sont pas toujours assez pris en considération dans la mise en place d'un dispositif de traduction simultanée et dans certains contextes. Les dérives des nouvelles technologies qui consistent à isoler l'interprète dans une cabine hors de la salle de conférence avec une transmission par écran interposé et un champ visuel réduit, sont de plus en plus fréquentes. L'interprète ne peut alors prendre conscience de l'environnement de l'orateur, des effets de sa performance sur son public. Or, comme le signale David Le Breton dans ses réflexions sur les métiers de la voix, «[l]'orateur n'est pas seul, qu'il le veuille ou non, son auditoire est un miroir qui influe sur la qualité de la performance La voix est ainsi modulée par l'écho induit par la réception du propos et l'attente à son égard»
(Le Breton 2011: 263).
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Il nous semble indispensable de préciser et de contextualiser certains concepts qui s'appliquent de façon parfois indiscriminée au rôle et à l'activité des interprètes, comme «transparence» et «neutralité». La neutralité de l'interprète relève de l'éthique et du code déontologique et implique un devoir de réserve: l'interprète ne donne pas son «axis» ou son «opinion». La notion de «transparence» peut être comprise, au même titre que celle d'invisibilité, comme la négation de la fonction médiatrice de l'interprète qui assure une part active dans la co-construction du discours.
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Gile (2005) fait état de réflexions sur le métier d'interprète qui ont commencé dans les années 1950 et 1960, et souligne l'intérêt permanent manifesté avec l'avènement des théories interprétatives développées dans un premier temps par Danica Seleskovitch et Marianne Lederer puis fortement influencées par les sciences cognitives. Mentionnons également l'intérêt accru de ces dernières années de la part de chercheurs en neurosciences pour le fonctionnement du cerveau de l'interprète. Citons à ce sujet les recherches entreprises il y a une dizaine d'années par l'équipe de recherche Brain and Language Lab du Département de Neurosciences cliniques de l'Université de Genève et de chercheurs et chercheuses comme Barbara Moser-Mercer, Narly Golestani et Alexis Hervais-Adelman, qui ont exploré la Neuroimagerie de l'interprétation simultanée, dans la mesure où cette activité constitue un excellent modèle pour examiner les bases neuronales et la plasticité du cerveau humain.
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Grâce aux travaux de Gidéon Tourv et de Christina Schäffner, nous sax ons que le choix d'une stratégie traductive n'est jamais neutre et répond à des normes implicites ou explicites et/ou à des valeurs culturelles qui sont celles qui règlent toute langue-culture et qui sont étroitement liées à la situation de communication. Le rôle du traducteur/interprète est donc crucial, car il a la liberté d'adhérer pleinement, partiellement ou nullement à ces normes, qui ne constituent pas un ensemble de règles inamovibles et omniprésentes et qui sont plutôt un ensemble de valeurs partagées et constamment (re) négociées avec le groupe.
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Psychologues et spécialistes en neurosciences tentent de modéliser l'architecture et le fonctionnement de notre mémoire. Pour un éclairage efficace sur le sujet, voir Balliu (2007).